Les murs n’ont pas d’oreilles…
… mais certains peuvent parler.


Boulevard Diderot. Vu dimanche soir dernier, depuis l’esplanade devant la gare de Lyon.
… mais certains peuvent parler.


Boulevard Diderot. Vu dimanche soir dernier, depuis l’esplanade devant la gare de Lyon.
J’aime l’été à Paris / I love summer in Paris, c’est le slogan de la Mairie de Paris tous les étés.Voici une petite déclinaison européenne de “I love summer…”, un feuilleton aoûtien, à suivre jour après jour…
Première étape : le départ

Hier j’ai été voir l’expo sur Steven Parrino au Palais de Tokyo. Je ne vais pas me la jouer critique d’art contemporain, d’autant plus que je ne connaissais pas ce monsieur avant hier soir, un artiste “d’une activité artistique radicale et sans concession”, comme dit le flayer que je n’ai trouvé qu’à la fin, mais qui a le mérite de bien résumer les choses.Dans la première salle, en voyant ces grandes toiles qui avaient été peintes en noir puis détachées de leur chassis, j’ai été replongée trois-quatre ans en arrière, en cours d’histoire de l’art à Duperré, avec Me Boursier, que je ne remercierai jamais assez de nous avoir fait comprendre ce qui se passait dans la tête des artistes minimalistes, à la fin des années 60… Je vous ai déjà parlé de l’entropie ? c’est là que tout a commencé…Pendant un an, on a appris à comprendre pourquoi à cette époque des artistes se sont mis à construire des cubes en métal, à déverser de la glue sur un terrain en pente, ou à se filmer en train de marcher en rond, la caméra tournée à l’envers. Et justement, hier, après cette première salle, sur quoi je tombe ? Des travaux d’artistes minimalistes, dont Steven Parrino s’est allègrement inspiré. C’est toujours émouvant de pouvoir regarder, tourner autour, toucher même – s’il n’y avait pas un gardien désabusé pour vous rappeler à l’ordre – des œuvres qu’on connaît par cœur mais dont on avait seulement en mémoire l’image projetée d’une diapositive… voilà pourquoi je suis capable de rester scotchée devant une vidéo de mauvaise qualité, en noir et blanc, qui montre un camion déversant du goudron dans la campagne romaine.

Ma voisine cherche son chat. Ce n’est pas le titre d’un film, c’est une triste réalité. Des petites affiches sont scotchées dans l’escalier et dans la cour, avec une photocopie de très mauvaise qualité et une description sommaire du petit animal. Malgré cela je l’ai reconnu tout de suite. Pensez-vous, cela faisait au moins un ou deux jours que je ne le voyais plus dans la cour en rentrant chez moi, avec son inimitable air faussement effarouché, à la limite du dédain. Ce chat, dont je ne connais même pas le nom, a donc disparu ce tragique 6 mai 2007 (on dit bien souvent un malheur n’arrive jamais seul). Je ne comprends pas comment on peut perdre un chat. Un chat ne se perd pas. Qui n’a jamais entendu cette histoire – certes rocambolesque – de ce chat oublié par sa famille humaine à la fin des vacances, qui a attendu ses maîtres une année durant, jusqu’à ce qu’ils reviennent sur leur lieu de villégiature?Il reste donc deux hypothèses :
soit il a été kidnappé : étant donné la densité de population du 11e arrondissement, les suspects de manquent pas. On privilégiera pourtant :
la grand-mère-vampire de l’immeuble à l’angle de la rue, qui se cache derrière ses rideaux sales pour espionner les voisins d’en face et les passants dans la rue. Elle est allergique aux chats, aussi, pour être sûre de pouvoir sortir dehors sans éternuer à chaque pas, elle a entrepris une déchatisation systématique. Elle les attire avec des boulettes de viande et les enferme dans sa cave moisie. Mais l’odeur des excréments de tous ces chats en captivité remonte par les conduits des cheminées et cela expliquerait pourquoi le vieux du premier n’arrive pas à vendre son deux-pièces, pourtant refait à neuf.
ou
le propriétaire de la moto toujours garée dans la cour : ne supportant plus de nettoyer son pot d’échappement systématiquement baptisé d’urine féline, il a donc décidé de séquestrer le chat quelques temps afin de pouvoir faire pression sur la voisine et lui extorquer tout son argent.
mais on ne doit pas exclure une hypothèse encore plus tragique:
soit le chat a été sauvagement et brutalement assassiné. Et oui. Les assassinat raffinés et doux sont nettement plus rares de nos jours. De même que les crimes passionnels, mais ceci est une autre histoire. Pour cette piste, il ne peut s’agir que :
du coiffeur “Prix chocs!” : il traîne toujours sur le trottoir alors que les clientes attendent dans son salon avec du papier d’aluminium ridicule enroulé autour de leurs cheveux. La fourrure revenant à la mode, il a décidé d’expérimenter un nouveau type de perruque en poils de chat. Il espère subtiliser une telle perruque à celle que porte la grand-mère-vampire, afin de provoquer une crise d’apoplexie à laquelle la vieille ne résistera pas. Il pourra ainsi racheter son appartement-loi-1948 et agrandir le sien en duplex.
ou
le chat a été victime, dans la nuit du 6 au 7 mai, qui fut houleuse dans le quartier, d’un flambage de poubelle. Un accident bête. Par jeu, il fouillait dans une poubelle verte, celle des déchets domestiques, quand un casseur un peu éméché a empoigné la poubelle pour la faire valser sur les pavés. L’individu y a ensuite mis le feu grâce au fond de vodka qu’il lui restait et à son briquet-girophare-quand-on-presse-le-bouton-mais-pas-trop-longtemps-pour-pas-user-les-piles.Peu importe comment. Ce chat tout mignon, qui jouait dehors au soleil, qui dévalait les escaliers si on ouvrait les portes trop brusquement, qui rentrait dans les appartements si on laissait la porte ouverte, qui inspectait d’un air dubitatif ma grille d’aération quand il entendait du bruit derrière, qui néanmoins finissait par se laisser caresser après maintes tactiques d’approche, qui allait ensuite s’abandonner, confiant, son petit ventre blanc à poils longs roulant sur les pavés de la cour, ce chat a disparu et cela m’attriste.
Si vous le voyez quelque part, si vous entendez parler du moindre petit indice, laissez un commentaire, je ferai suivre à ma voisine.
